Les fondus de l’Ubaye, un défi reçu 7 sur 7

Depuis maintenant 12 ans, à la fin du mois de juin, Barcelonnette devient la Mecque des cyclomontargnards. Venus des 4 coins de France, ils se trouvent pour relever le Défi des Fondus de l’Ubaye et faire en même temps oeuvre de générosité en apportant leur soutien à la lutte contre la mucoviscidose. Depuis 12 ans, plus de 70 000 € ont ainsi été récoltés auxquels vont s’ajouter les quelques 14 000 € de dons récoltés à l’issue de cette édition 2014, année de tous les records.

Le défi des Fondus de l’Ubaye est un subtil mélange de sport et de générosité orchestré d’une main de maître par la dynamique présidente des Fondus de l’Ubaye, Evelyne COUTTOLENC. Avec son équipe de bénévoles, elle ne compte  pas l’énergie dépensée pendant près de 24 heures d’affilé.

Après avoir déjà participé 3 fois en 2008, 2011 et 2013, je n’avais initialement pas prévu de revenir sur le DFU, un temps attiré par le nouveau parcours de la Serre Che Luc Alphand disputée le même jour. Mais plus l’échéance approchait, plus l’envie de retrouver l’ambiance unique qui caractérise le DFU devenait irrésistible. Finalement, à peine 2 mois avant le jour J, le changement de programme était acté.

Le départ est imminent !

Le départ est imminent !

C’est ainsi qu’en ce samedi 28 juin 2014, à 5h30 du matin je m’élançais pour relever une 4e fois ce Défi des Fondus de l’Ubaye. Si l’an dernier, la température flirtait avec les 0°c, cette année, la barre des 10° n’était pas loin d’être atteinte. Parmi les 200 concurrents qui entament cette 12e édition du DFU par la traditionnelle remontée de la rue Manuel on retrouve quelques habitués de l’épreuve mais également de nombreux « rookies ».

Très rapidement, un petit groupe prend les devants et se dirige sur un bon rythme en direction de Saint Paul en Ubaye d’où débute l’ascension de la première difficulté du jour. Le rythme qui est imprimé me convient parfaitement et fait office de bon échauffement avant d’attaquer les choses sérieuses. Dès le pied du col de Vars, la sélection s’opère et chacun adopte son rythme sans trop se soucier des autres. Il serait en effet périlleux, si loin du but, de se mettre dans le rouge.

D’ici le col de Pontis, 7e et dernière difficulté de cette folle journée, toute dépense inutile d’énergie peut en effet se payer cash.

Sur les premiers forts pourcentages de ce col de Vars, je découvre le comportement de ma nouvelle monture face à des pentes bien plus accentuées que celles des routes du Vercors et de l’Ardèche. Je constate immédiatement que l’Axxome conserve le même caractère dynamique que j’avais noté dès les premiers tours. Je dirai même qu’il s’agit d’un vélo un peu joueur et qui incite son propriétaire à relancer régulièrement en jouant du dérailleur pour apprécier à sa juste valeur tout son potentiel. Je me prends rapidement au jeu avant de faire preuve d’un peu plus de sagesse. Qui veut voyager loin, ménage sa monture, et surtout son monteur…

Le col de Vars franchi, on plonge à nouveau dans la vallée de l’Ubaye pour aller chercher la seconde difficulté du jour, la montée vers la station de Sainte-Anne la Condamine.  Relativement courte, cette ascension présente quelques beaux pourcentages à mi-pente avant de proposer un profil nettement plus atténué sur sa partie finale. Route de montagne oblige, celle-ci souffre particulièrement au cours de l’hiver et la descente nécessite la plus grande des vigilances.

Si le soleil a fini par se jouer des sommets francos-italiens pour réchauffer sensiblement l’atmosphère, déjà, de nombreux nuages s’accumulent à tel point que l’on aborde le pied de la Bonette sous une inquiétante couverture nuageuse. Pas question néanmoins de se poser de question, l’objectif est pour l’heure d’atteindre le sommet de ce col que j’apprécie tout particulièrement et qui est de loin le col des Alpes que j’ai gravi le plus de fois. J’aime notamment son caractère sauvage et l’ambiance minérale de ses derniers kilomètres.

Dès le pied de l’ascension j’ai en ligne de mire 2 concurrents. Si je ne reverrai plus celui qui est le plus en avant, je vais jouer au chat et à la souris avec le second. Dans les premiers kilomètres, il me prends rapidement plusieurs longueurs. Loin de chercher à ne pas le perdre de vue, je maintiens le même tempo, puis, après 7 à 8 kilomètres d’ascension je rehausse le rythme. Les sensations sont excellentes. Je prends un réel plaisir à jouer du dérailleurs à chaque relance et il ne me faut pas beaucoup de temps pour revenir sur lui. Je le rattrape à hauteur du gîte de la « Halte 2000 » et poursuis ma progression après lui avoir adressé mes encouragements.

L'Axxome 250 à l'épreuve de la haute montagne

L’Axxome 250 à l’épreuve de la haute montagne

Quelques rares rayons du soleil arrivent encore à percer timidement le plafond nuageux alors que l’air devient progressivement plus frais mais sans plus. Le sommet de la Bonette est encore loin et les pourcentages les plus forts n’ont pas encore été atteints. Passé le petit lac des Essaupres à 2305 mètres d’altitude, la route se redresse sensiblement. On aborde alors les passages les plus difficiles pour rejoindre l’ancienne caserne militaire de Restefond. La végétation se fait plus rare et on évolue dans un grand cirque rocailleux. Ces forts pourcentages vont permettre au concurrent que j’avais dépassé plus bas de revenir sur moi. Je n’ai pourtant pas l’impression de faiblir, mais visiblement son coup de pédale est plus efficace que le mien !

Les 3 kilomètres qui précèdent le col de la Bonette permettent de récupérer avant que la route ne se redresse à nouveau très fortement pour atteindre la cime de la Bonette à 2802 m d’altitude.

L’effort est violent, le souffle court. Tantôt en danseuse, tantôt assis, il faut puiser au plus profond de soi pour aller chercher l’énergie nécessaire permettant de s’affranchir de cet ultime raidard.

Mais la délivrance est au bout de cette route qui se confond avec la roche. Le 3e col n’est plus qu’à quelques hectomètres qui semblent cependant interminables ! Par chance, la couverture nuageuse est restée très élevée si bien que la vue sur les sommets du Mercantour demeure dégagée. Je resterai des heures à contempler ce paysage grandiose mais la route est encore longue !

Les sommets du Mercantour depuis la Bonette

Les sommets du Mercantour depuis la Bonette

Ma carte de route pointée, me voilà aussitôt après engagé dans la longue descente vers la vallée de l’Ubaye. Il ne fait pas bien chaud mais rien à voir une fois encore avec la température de l’an dernier. Les virages s’enchaînent les uns aux autres à vitesse grand V tout en faisant preuve d’une extrême vigilance pour éviter les pièges de cette route de haute montagne.

Au bas de la descente, je mets le cap sur Barcelonnette pour un premier passage obligatoire au point de contrôle central. Après cet arrêt express, direction Uvernet où j’en profite pour enlever une couche de vêtement avant de m’engager dans l’ascension du col de la Cayolle, 4e difficulté du jour, via les gorges du Bachelard.

Jusqu’à Bayasse, à la faveur d’un vent favorable, je progresse sur un rythme très soutenu si bien que je reviens sur un, puis 2 et enfin 3 concurrents sans qu’aucun d’eux ne prennent ma roue. Je m’attends toutefois à être sous leur menace dans les 9 derniers kilomètres du col où les pourcentages sont les plus importants. Finalement, il n’en est rien et tel un métronome je maintiens un rythme assez élevé qui permet d’aller « cueillir » cette 4e difficulté avec une certaine facilité.

Arrivé au sommet, la couverte nuageuse est un peu moins menaçante mais  je ne m’attarde guère et je repars à nouveau en direction de Uvernet pour enchaîner aussitôt avec l’ascension du col d’Allos.

Sommet de la Cayolle

Sommet de la Cayolle

Après une descente de près de 23 kilomètres et un petit arrêt au ravitaillement à Uvernet pour refaire le plein des bidons et reprendre quelques gels énergétiques, j’éprouve un peu de difficulté à retrouver le bon tempo au pied du col d’Allos. Passés les 5-6 premiers kilomètres, les sensations redeviennent meilleures, la pédalé se fait plus souple et le rythme s’élève. Au détour d’un virage, j’ai la surprise de croiser ma femme et ma fille qui redescendent du col où elles sont passées la matinée. Tout juste avons-nous le temps de nous faire un petit signe et chacun poursuit sa route. Au fur et à mesure que le sommet approche, le vent devient de plus en plus sensible sans que cela ne m’affecte pour autant ma progression. Les relances sont toujours aussi efficaces et les bornes kilométriques défilent sur une pente qui oscille entre 7 et 8%. A quelques hectomètres du sommet, je suis cependant rattrapé par un des concurrents que j’avais dépassé dans les gorges du Bachelard au pied du col précédent.

Le vent étant extrêmement fort n’incite pas à une pose prolongée au sommet de ce 5e col de la journée. Je reprends donc rapidement la direction de Barcelonnette pour faire pointer une seconde fois ma carte de route au poste de contrôle central avant de descendre vers le bas de la vallée de l’Ubaye pour « cueillir » les 2 derniers cols du jour.

Allos, le ciel se fait menaçant

Allos, le ciel se fait menaçant

Je pars de Barcelonnette avec le concurrent qui m’a rejoint sur la fin du col d’Allos et ensemble nous coopérons efficacement jusqu’au pied du col Saint Jean où je préfère en garder sous la pédale dans la perspective du col de Pontis. Mon compagnon de route prend le large et je ne le reverrai qu’au sommet au moment où il s’apprête à repartir lorsque j’en termine avec cette avant dernière ascension de la journée.

Voilà près de 13 heures de selle qui se sont écoulés depuis le départ matinal de la rue Manuel à Barcelonnette. Malgré l’accumulation des efforts je ne ressens pas de fatigue excessive et c’est l’esprit relativement serein que je me remets en route pour aller décrocher le dernier col du jour qui fait figure d’épouvantail.

Certes il est court (6 km) mais il présente un profil assez irrégulier avec de forts pourcentages dont le dernier kilomètre annoncé à 12%. Sans doute la cerise sur le gâteau pour achever dignement le DFU ! Mais avant de batailler avec les pentes de Pontis, encore faut-il se hisser jusqu’au village du Sauze du Lac qui domine la retenue de Serre Ponçon. Là encore c’est court mais intense !

Entre le Sauze du Lac et le pied du col de Pontis, on bénéficie heureusement d’un petit moment de répit pendant quelques kilomètres, puis, on bifurque sur la droite et là, la route se redresse inexorablement. Il faut y aller à l’énergie et au courage mais finalement, comme à chaque fois, je constate que ça se passe mieux que je ne le craignais. Certes la vitesse n’est pas très élevée mais je progresse sur un rythme régulier bien calé sur la selle sans avoir trop besoin de me mettre en danseuse pour relancer. Le village de Pontis marque la fin du premier palier et offre une courte mais appréciable portion de transition avant de retrouver les derniers forts pourcentages, supérieurs à 10%, dans les 3 derniers kilomètres. Le revêtement n’est pas très bon ce qui ajoute à la difficulté mais la délivrance approche. Encore un dernier coup de rein pour venir à bout du tout dernier raidard et on peut enfin souffler, les 400 derniers mètres à 3% de moyenne n’étant qu’une simple formalité !

La descente de Pontis, la délivrance...

La descente de Pontis, la délivrance…

Atteindre le sommet de ce dernier col me procure une immense satisfaction et c’est avec un moral gonflé à bloc que je plonge dans la délicate descente qui ramène au niveau du lac de Serre Ponçon. Sans être prétentieux, je dois dire que le retour sur Barcelonnette ne sera qu’une simple formalité. Le coup de pédale est efficace, les relances vigoureuses et pas le moindre signe de fatigue ne se fait ressentir.

Contrairement à l’an dernier, j’éprouve une joie beaucoup plus intérieure et profonde alors que je longe l’Ubaye à l’entrée de Barcelonnette. Dans moins d’un kilomètre je vais en finir avec cette 12e édition du Défi des Fondus de l’Ubaye et de nombreuses images défilent dans ma tête. J’aimerai pouvoir prolonger le plus longtemps possible ce moment si magique qui marque la fin d’un tel périple.

Il est 20 heures lorsque je pose définitivement le pied à terre, soit 14h30 après être parti pour effectuer ces 7 ascensions, parcourir 315 kilomètres et venir à bout de 6800 mètre de dénivelé positif. Ma femme et ma fille sont là pour m’accueillir, que du bonheur !

Comme à chaque fois, je vais mettre sans doute pas mal de temps à redescendre du petit nuage sur lequel on se trouve après avoir effectué ce type d’épreuve. Il y a certes de la fatigue mais le plaisir d’avoir atteint l’objectif fixé arrive à la faire oublier. Achever dans ces conditions une épreuve comme le Défi des Fondus de l’Ubaye est bien évidemment le fruit d’une préparation rigoureuse, mais comme je le répète souvent, inutile de vouloir trop en faire. Place maintenant à la récupération avant de se projeter vers le Tour du Mont Blanc…

 

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Une réflexion au sujet de « Les fondus de l’Ubaye, un défi reçu 7 sur 7 »

  1. I was suggested this blog by my cousin. I’m not sure whether this post is written by him as no one else know such detailed about my difficulty. You are wonderful! Thanks! ebeedecfkeaf

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