Plaidoyer pour un retour aux vraies valeurs du cyclosport

Il n’y a pas si longtemps que cela, le cyclosport offrait encore un formidable terrain de jeu à tous ceux qui cherchaient une alternative aux courses cyclistes traditionnelles. Ces fameuses courses que l’ont appellent tantôt « courses de clocher », « course de vogue », « coursette »… 

Dans les années 80, le cyclosport était venu ouvrir une 3e voix entre la compétition pure et dure et le cyclotourisme contemplatif. Ce savant dosage entre parcours dits de « légende » et lutte contre le chronomètre a suscité un net intérêt auprès de tous ceux qui voyaient en ces épreuves une formidable occasion de relever un défi personnel, un challenge hors du commun. Pour la première fois, des épreuves cyclistes chronométrées permettaient à tous, du premier jusqu’au dernier, de ressentir une émotion particulière et plus ou moins intense en franchissant une ligne d’arrivée. Après des heures d’effort, quoi de plus fort que de pouvoir se dire « je l’ai fait » ?

Combien de rêves sont ainsi devenus réalité au sommet de l’Alpe d’Huez au terme d’un parcours désormais légendaire ?

C’est sur des parcours de montagne (ou de moyenne montagne) que le cyclosport a acquis ses lettres de noblesse, son caractère unique. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle j’ai toujours considéré que le cyclosport était une discipline qui prenait tout sa raison d’être en milieu montagnard ou semi-montagnard. Ceci n’engage que moi bien entendu.

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Au fil des années, le succès grandissant des tous premiers « marathons » cyclosportifs a donné des idées à d’autres. Le phénomène a pris de l’ampleur au point que l’on dénombre désormais en France plus de 150 rendez-vous estampillés « cyclosportive » par an. Mais combien possèdent-elles un caractère véritablement cyclosportif avec des parcours bien « trempés » sur lesquels le dépassement de soi a une vraie signification ? Peu. Trop peu.

Parallèlement à l’explosion du nombre d’épreuves, on a assisté à la réduction du kilométrage et à la nivellation par le bas de la difficulté.

Certes, il est fort louable de chercher à satisfaire le plus grand nombre mais cette explosion de l’offre n’a pas forcément été bénéfique au cyclosport lui-même. D’autant que plus l’offre est importante, plus le « consommateur » devient pointilleux. Ainsi, peu à peu, les cyclosportives s’apparentent à de véritables « supermachés du cyclisme loisir » où le pire côtoie le meilleur.

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La réduction progressive du kilomètrage des cyclosportives a également engendré une évolution des mentalités. Si l’on revient en arrière, il n’y a pas si longtemps que ça, bon nombre de coursiers et de dirigeants de clubs considéraient les cyclosportives avec mépris. Les cyclosportifs n’appartenaient pas au même monde ; ils ne jouaient pas dans la même cour que les « vrais » coureurs.

Sur le fond ils n’avaient pas si tort que ça, simplement, la forme laissait à désirer…

Or, du fait de la diminution des distances, on a vu progressivement de plus en plus de coursiers se tourner vers les cyclosportives. A tel point, que certains parcours annexes d’épreuves de renom ont pris l’allure de ces fameuses courses de clocher que les laisser pour compte de la FFC avaient fuit.

Si j’admets bien volontier que le travail réalisé depuis plusieurs années par la commission loisir de la FFC a permis de mieux asseoir le cyclosport sur le plan administratif, je doute du résultat quant à l’esprit cyclosportif. En considérant désormais les cyclosportives comme de véritables courses on tue purement et simplement tout ce qui faisait l’originalité du « phénomène cyclosportif » et on l’expose dangereusement aux mêmes dérives que j’évoquais en préambule.

Ces formidables espaces de liberté qu’étaient les cyclosportives me semble de fait menacés. Idem en ce qui concerne le côté émotionnel lié à l’accomplissement d’un challenge personnel. Où se situe la part de rêve quand on boucle une soi-disante cyclosportive dans le Gers à plus de 40 km/h au mois de février ? Appelons un chat un chat, ou entendons-nous bien sur la définition du terme « cyclosport ». S’agit-il de course cycliste populaire ou d’épreuve de grand fond ? Telle est la question que l’on devrait se poser car je ne suis pas certains que les « pionniers » qui ont découvert les cyclosportives au début des années 90 soient aujourd’hui toujours aussi enclin à venir. Nombreux sont en effet ceux qui s’en détournent pour aller vers d’autres organisations telles que les BRM par exemple ou pour certains vers l’ultra-distance et pour d’autres dont je fais partie il n’est même plus nécessaire de passer par des organisations officielles. L’avenir est d’ailleurs à chercher du côté du numérique via des plate-forme qui mettent en relation les pratiquants autour d’événements informels.

Bien évidemment, libre à chacun de choisir le terrain de jeu qui lui convient. Pour ma part je privilégie les aventures cyclosportives qui font renaître de merveilleux souvenirs lorsqu’on les évoque ou qui nourrissent de folles ambitions quand on rêve de les réaliser un jour.

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4 réflexions au sujet de « Plaidoyer pour un retour aux vraies valeurs du cyclosport »

  1. Ayant débuté le cyclosport il y a maintenant 5 ans et à l’âge de 48 ans, je n’ai malheureusement pas connu les cyclosportives des années 1990. Mais sans nul doute cela m’aurait vraiment satisfait. Inscrit sur les grands parcours du Trophée Bourgogne ou du Grand Trophée je ne me retrouve pas dans cette mode qui tend à la réduction de la distance des parcours et de la dénivelée au profit de la vitesse. J’ai participé cette année à ma première Marmotte là j’y ai trouvé ce que je chercher : le dépassement de soi et la satisfaction de finir. Mais malheureusement beaucoup de pratiquants venant des courses de clocher font le pressing pour que les organisateurs réduisent les distances ce qui leur permet de truster les premières places. Du coup, l’esprit cyclosportif perd de son charme. Aussi, J’envisage également d’aller vers des parcours de plus en plus long type 3 ballons, Tour du Mont Blanc…où effectivement l’objectif est de finir.

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  2. Assez d’accord avec ce que tu écris sur les cyclosportives dont on voit bien l’érosion de l’essence même de ce qui a fait leur succès à leur début : distance, difficulté et dépassement de soi ! Aujourd’hui place à la multiplicité des parcours « petite cyclo, famille… et aux podiums qui s’y associent. De plus les organisateurs (dans le souci louable de rentabiliser leur épreuve) ouvrent les cyclos aux randonneurs avec les mêmes prestations sauf le chrono, et ça marche (l’Ardéchloise en est le parfait exemple avec 6000 classés pour 15000 inscrits !!!. Un vrai paradoxe alors que les clubs FFCT qui organisent justement des randonnées voient la participation diminuer comme neige au soleil ? Bon après l’esprit reste convivial et c’est au moins déjà ça…

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  3. le vélo c’est la liberté ! – au lieu de réduire le champ d’action, je suis partisan de l’élargir au maximum – c’est l’optique par exemple du créateur de l’ARDECHOISE lorsqu’il propose toutes les formules de 60 à 600 kms…
    Je suis tres critique au contraire avec le positionnement de la FFCT qui a voulu ces dernieres années nous embrigader et se cantonner dans le « vélo LOISIR » – un concept « bobo » tres ambigu qui tend à banir tout ce qui se rapproche des notions d’effort et de dépassement de soi – leur insistance à bien cloisonner ses pratiquants est même tres mesquine – un vrai sectarisme , surtout pas d’amalgame avec les sportifs , (même occasionnellement !.)..ses dirigeants sont devenus à mes yeux de vrais ayathollas qui censurent même les mots employés .
    A la FFCT même PBP est qualifié de simple  » randonnée » ( ce qui équivaut pour les journalistes et les non-initiés à une « ballade ») – pourquoi pas écrire bientot qu’il ne s’agirait que d’ une « promenade » !!- ceux qui le réalisent en 45/50/60 heures apprécient ce discours !!

    Résultat imparable – les effectifs de la FFCT baissent chaque année et leurs adhérents sont de + en + âgés…Dommage car le vivier etait là – notamment dans les BCMF tels que le BRA , la RCP Le CIRCUIT des ARAVIS, etc…(surtout à l’époque où ils n’étaient réalisés qu’en un seul jour..)
    J’ai souvent croisé jean michel RICHEFORT (le DTN de la FFCT ) au départ de cyclo-sportives et j’ai lu qu’il avait fait plus de 600 kms sur la piste de st quentin il y a seulement qq jours lors du dernier téléthon.. « faites ce que je dis, ne faites pas
    ce que je fais.. »
    A mon point de vue, un passionné de vélo devrait pouvoir pratiquer toutes les formules, sans exception – en fonction de sa forme et de son état d’esprit du moment – c’est ma conception du vélo –

    La F.F.A. a contrario , pour les coureurs à pied , n’interdit pas à ses membres de faire des marathons , de faire les 100 kms de MILLAU ou Strasbourg/paris à la marche , lorsqu’il existait..Pourquoi dans le vélo, sommes nous si divisés (?)

    Je regrette cette division en multiples chapelles et cette « étroitesse de vue » qui ne contribuent pas à l’essor du vélo, ni à son « lobbying » – auprés « des pouvoirs publics.

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