Raid de l’exil – acte 2/4

Samedi 10 septembre, 5h30. Le réveil sonne après à peine 4 heures de sommeil. Le jour est loin d’être levé mais il est temps de se préparer pour la seconde étape qui va me conduire à Saint Médard où se trouve le Gai Refuge, établissement qui accueille exclusivement des français.

20160910_062003La plaque métallique qui recouvre le dessus d’un puit à côté du camping-car nous sert de table improvisée mais se montre très pratique pour le petit déjeuner. Malgré cette courte nuit, la fatigue ne semble pas se faire ressentir. Idem pour Roland et Christiane dont je m’amuse de leur taquinerie quasi permanente.

Alors que je finis de me préparer, le jour commence à se lever. L’atmosphère n’est pas vraiment fraîche, annonçant une journée plutôt agréable. A 7 heures me voici donc reparti pour près de 310 km sur des routes au profil en forme de montagnes russes.

La mise en route est un peu laborieuse et il me faut une bonne trentaine de kilomètres avant de retrouver le bon tempo. Les routes que j’emprunte ne m’y aident cependant pas trop. ça monte et ça descend en permanence jusqu’à Langres. Ce n’est jamais très long mais les pourcentages oscillent parfois entre 8 et 9%. Cela va durer jusqu’à Neufchâteau, après une centaine de kilomètres, où je reçois le soutien de Michel Aubriot qui est venu à ma rencontre depuis Verdun où il a laissé sa voiture. Solide rouleur, Michel va m’être d’une aide précieuse jusqu’à la frontière belge d’où il fera demi-tour pour revenir à Verdun. Le tempo qu’il assure est aussi régulier qu’une horloge parfaitement réglée. C’est un vrai plaisir que de rester calé dans sa roue ! Tandis que nous nous dirigeons vers Verdun, le cours de la Meuse nous donne le cap à suivre.

Bien calé dans la roue de Michel, les kms défilent !

Bien calé dans la roue de Michel, les kms défilent !

La température s’est très nettement élevée et il fait même chaud, pour ne pas dire très chaud. Nous effectuons une rapide pause ravitaillement entre Commercy et Saint Mihiel à environ la moitié du parcours. C’est l’occasion pour Michel de prendre un incontournable petit pâté lorrain aux vertus énergétiques incontestables (je testerai au retour !). Nous repartons ensuite par l’une des plus longues bosses du parcours avant de plonger littéralement sur Saint Mihiel où nous décidons de nous arrêter pour boire une boisson fraîche à la terrasse d’une boulangerie où l’on trouve notamment des… pâtés lorrains ! Mais nous nous contenterons d’une part de flan en guise de clin d’oeil à Pascal Bride.

20160911_085818Verdun n’est plus très loin et j’avoue ressentir une certaine émotion au fur et à mesure que l’on s’en rapproche. De nombreux sites et monuments sont les témoins d’un passé qui ne m’a jamais semblé si proche : noms de champs de bataille, cimetières et leurs alignements de croix blanches… J’ai comme l’impression d’évoluer dans un livre d’histoire à ciel ouvert. Il y a tout juste un siècle cette région était le théâtre de toutes les horreurs de la première guerre mondiale et aujourd’hui encore, malgré le soleil, le ciel bleu et le chant des oiseaux, le temps est au recueillement.

Nous poursuivons notre remontée vers le nord en longeant la Meuse et le canal de l’Est. La Belgique se rapproche et en fin d’après midi nous arrivons à Stenay. Il ne reste qu’environ plus de 20 kilomètres avant de franchir la frontière. Peu après Sapogne sur Marche, dernière commune que nous traversons avant d’entrer sur le territoire Outre-Quiévrain, nous retrouvons 3 amis belges du Team de Lux qui vont prendre le relais de Michel pour me conduire jusqu’à saint Médard. Le team de Lux est un regroupement de cyclosportifs belges adeptes des longues distances de la province du Luxembourg. Nous nous connaissons essentiellement via les réseaux sociaux et avons eu l’occasion de nous rencontrer une première fois en avril 2016 à l’occasion d’un BRM à Kingherseim. Il y a de nombreuses similitudes entre cette joyeuse bande de cyclos et le team cyclosportissimo que j’ai créée en 2016. Outre l’attrait pour les longues distances, nos 2 team partagent des valeurs qui mettent en avant le courage, le dépassement de soi, l’entraide, la convivialité et la solidarité envers les associations caritatives. Des valeurs que nos amis belges complètent par un certain attrait pour l’Orval, bière réputée des moines trappistes de l’abbaye du même nom qu’ils emportent dans tous leurs déplacements !

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Mais avant de nous retrouver autour d’une bonne chope, il reste encore un peu de route à faire ! Arrivée à la frontière, je laisse Michel donc repartir vers Verdun non sans l’avoir vivement remercié pour le bout de chemin qu’il a partagé en ma compagnie et pour son aide précieuse. Ce sont désormais Alain, Miguel et Thibaut qui vont me servir de guide pour les ultimes kilomètres de cette seconde étape. Avant de nous engager sur les premiers contre-forts des Ardennes belges, un petit crochet s’impose par l’abbaye d’Orval où est produite la fameuse bière chère aux membres du Team de Lux, véritable référence dans le monde très prisé des authentiques bières trappistes.

20160910_190806La séance de photos souvenirs terminée, nous prenons la direction de Florenville par une route qui s’élève progressivement dans la forêt. Le changement est radical avec les routes empruntées jusqu’ici qui n’étaient pour l’essentiel que d’interminables lignes droites. Le soir commence à tomber doucement mais il fait encore bon. Cette petite ascension dure environ 3 kms puis après Florenville, on retrouve un profil valloné jusqu’à Saint Médard. Les 3 gaillards du Team de Lux me mènent un peu la vie dure, oubliant sans doute que j’ai déjà quelques kilomètres dans les jambes ! Mais joueur, je me plais à leur montrer qu’il me reste encore des réserves en plantant un joli démarrage à la faveur d’un joli “coup de cul” ! Cette ultime cartouche grillée, je rentre ensuite dans le rang et me laisse emmener dans un fauteuil jusqu’à Saint Médard où nous arrivons aux environs de 20 heures. Depuis mon départ vendredi matin de Privas j’ai ainsi effectué 710 km en 2 jours.

Me voici donc arrivé à destination. J’éprouve une certaine émotion en arrivant devant le Gai Refuge situé au coeur même du village. Le bâtiment tout en pierre sur 2 étages semble assez récent et s’intègre parfaitement aux maisons alentours. Celui qui ne le sait pas aurait bien du mal à imaginer qu’il y a derrière ces murs une structure d’accueil pour déficients mentaux. Sans doute intriguée de nous voir faire des photos, une personne en blouse blanche finit par sortir et vient à notre rencontre pour nous demander ce que nous faisons là.

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Je lui explique rapidement l’objet de ma démarche et lui pose la question du nombre de places dont dispose le Gai Refuge. 19 me répond elle. Je me hasarde à lui demander combien de français sont accueillis ici et là, presque surprise par ma question, elle répond avec un haussement d’épaules : “Ben, 19 ! Il n’y a que français ici monsieur !”. Nous en resterons là…

J’ai la gorge nouée en retournant au camping-car garé sur la petite place du village en passant à ces familles séparées de leurs proches faute de n’avoir pu trouver à proximité de chez elles une structure d’accueil adaptée. A cet instant je ressens une vive émotion. Je voudrai laisser couler ces larmes que je sens monter en moi mais rien ne coule sur mon visage. Je me sens loin, très loin. Ma fille et ma femme me manquent. Je pense plus que jamais à mon frère qui aurait pu se retrouver ici, à mes parents, à toute cette souffrance que beaucoup ignore… 

Heureusement, mes amis du Team de Lux vont me réconforter avec cette fameuse bière d’Orval qu’ils vénèrent tant ! Alain improvise un mini bar sur le muret qui délimite le parking puis nous trinquons à notre amitié et à la solidarité qui nous rapproche. Bien que n’étant pas forcément habitué à boire de la bière, j’avoue que celle-ci a une saveur toute particulière à plus d’un titre…

Le verre de l'amitié prend ici une dimension toute particulière.

Le verre de l’amitié prend ici une dimension toute particulière.

Je suis désormais arrivé à la moitié de mon périple et je n’ai qu’une envie, retrouver au plus vite les miens malgré le réconfort que me procure la présence de Alain, Thibaut et Miguel du Team de Lux ainsi que celle très précieuse de Roland et Christiane.

Il est aux environs de 21h30 lorsque mes 3 amis belges nous quittent et après les avoir chaleureusement remercié de leur présence à mes côtés, je me promets de les retrouver prochainement dans des circonstances plus légères autour d’une bonne bière d’Orval évidemment !

Avec Roland et Christiane nous décidons de rester sur cette petite place pour passer la nuit. L’étape qui m’attend demain amorcera mon retour vers l’Ardèche avec une pause à Chalon sur Saône. Une longue étape de près de 400 km essentiellement seul cette fois.

<< Acte 1/4

A suivre…

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