La Provence en mode ultra

Depuis la Race Across France 2018, Arnaud Manzanini a l’ambition de développer la pratique de l’ultra cyclisme en France, discipline qui semble souvent inaccessible à de nombreux cyclistes et qui manque de visibilité et dont les contours ne sont pas toujours précis. Pour autant, l’engouement pour les épreuves « extrêmes » n’a jamais été aussi fort.

En lançant le concept de l’Ultra Cycling Challenge, Arnaud donne un cadre commun à différentes épreuves sur des formats de 300 et 500 kms qui permettent de découvrir l’ultra cyclisme pour les uns et qui servent de préparation pour d’autres. Le calendrier 2019 est déjà bien fourni avec 4 rendez-vous : Provence (11 et 12 mai), Île de France (6 et 7 juillet), Rhône-Alpes, (31 août et 1er septembre) et Bourgogne (14 et 15 septembre).

Nous étions plusieurs du Team Cyclosportissimo à avoir coché l’Ultra Cycling Challenge PACA dont le camp de base était installé dans un lieu que l’on connaît bien : le Bed and Bike de Olivier Brochery à Vénasque.

Le programme de cette première édition s’annonçait tout aussi copieux que grandiose avec un parcours conçu sous la forme de 3 boucles simplifiant grandement la logistique et permettant de rouler « léger » malgré la distance. Un passage obligé par le Ventoux dès la première boucle suivi des vignobles réputés des côtes du Rhône puis une magnifique traversée des Alpilles avec un passage par le somptueux village des Baux de Provence et enfin, en guise de dessert, une 3e boucle nous conduisant des gorges de la Nesque au Lubéron. Au total donc, 500 km et 6400 m de dénivelé à boucler dans un délais maximum de 36 heures.

Tous les yeux sont tournés vers le ciel dans les heures qui précèdent le départ. Contrairement aux prévisions météorologiques, c’est le gris qui domine et même la pluie… Si d’un côté on espère que le mistral finisse par se lever pour chasser les nuages, de l’autre on le redoute un peu car la région est particulièrement exposée à la furie d’éole lorsqu’il décide de se montrer capricieux ! Avec des conditions aussi incertaines, cruel dilemme en ce qui concerne le choix de la tenue la plus adaptée pour affronter la première boucle de 150 km.

Le départ est donné à 10h, de 2 minutes en 2 minutes. Le premier à s’élancer est Thomas Dupin. Je pars 18 minutes après lui. Autant dire que je ne reverrai jamais ! Thomas va en effet réaliser un grand numéro en optimisant notamment ses arrêts (seulement 34 minutes contre près de 2 heures pour moi !).

Le Ventoux par Bédoin fait office de hors d’oeuvre. Inutile de rappeler que ce n’est pas une ascension que j’aime particulièrement, notamment en raison de la sur-fréquentation dont elle victime. Mais pour cette fois, on est loin de la cohue estivale. Je pars prudemment mais au fur et à mesure que je m’élève, je sens que les jambes répondent plutôt bien et je hausse progressivement le ton pour battre au passage mon meilleur temps entre le chalet Reynard et le Ventoux. Au cours de l’ascension, je passe successivement mes collègues du Team partis devant moi : Christian, Michel et Hervé pour finir sur les talons de Sergio. La température n’est pas très élevée au sommet et nous avons même eu droit à une petite averse de grésil dans les derniers kilomètres de l’ascension.

Le Ventoux enfin de jour !

On ne s’attarde pas trop avec Sergio et une fois nos coupe-vents enfilés nous nous engageons prudemment dans la descente où de nombreuses pierres sont présentes. La température remonte progressivement et nous retrouvons rapidement le soleil en gagnant Malaucène où nous avons la surprise de croiser 2 autres membres du Team, Valex et Paul, partis pour effectuer 3 ascensions du Ventoux. On échange quelques mots puis je reprends seul ma route, Sergio attendant Michel, Christian et Hervé.

A partir de Malaucène, j’entame donc un long cheminement solitaire sur des routes qui ne me sont pas étrangères. Les conditions météorologiques sont très changeantes, alternant belles trouées ensoleillées et passages sombres allant jusqu’à l’averse.

Je termine cette première boucle un peu avant 16h comme je l’avais envisagé. Le soleil est à nouveau de la partie et je garde finalement la même tenue que celle du départ. Je m’efforce de ne pas perdre trop de temps dans cette transition et repars vaillamment à l’assaut de la seconde boucle de 150 km.

C’est une boucle que je considère comme une transition. Relativement roulante mis à part l’ascension des Baux de Provence et du Val d’enfer, elle sera néanmoins particulièrement exposée à un vent latéral qui ramène régulièrement des nuages chargés d’averses. Cela ne m’empêche pas de maintenir un tempo soutenu et je m’étonne même d’avoir toujours d’aussi bonnes sensations. Je termine cette boucle relativement frais alors que la nuit est désormais tombée lorsque je rejoins pour Bed and Bike pour la seconde fois.

Jouant la carte de la sécurité, je m’accorde une pause de 45 minutes afin de prendre le temps de m’équiper pour la nuit et j’en profite pour avaler un bol de riz que m’offre Olivier toujours aux petits soins comme à son habitude.

Il reste 200 km à parcourir et il faut bien repartir alors qu’il est désormais 23h. Le vent s’est nettement renforcé mais il ne fait pas très froid. La remise en route se fait relativement bien et j’aborde la longue remontée des gorges de la Nesque en ayant de bonnes sensations et en éprouvant un réel plaisir à évoluer au cœur de la nuit, comme seul au monde. Le vent est bien présent mais il ne gêne pas ma progression. Je crains un peu les rencontres avec des animaux mais je n’apercevrai furtivement qu’un lièvre. Je maintiens un tempo toujours soutenu sans ressentir de signe de fatigue. Cette nuit va passer très vite. Une nuit magique comme à chaque fois où seul le souffle du vent dans les branches viendra rompre un profond silence. J’aime me retrouver en pareille situation. Les sensations que l’on éprouve sont difficile à décrire. J’ai le sentiment d’être dans un état second, enfermé dans une bulle protectrice. Le temps défile mais paradoxalement j’ai l’impression qu’il s’est arrêté. Je navigue à la lueur de ma lampe dont j’augmente l’intensité dans les descentes afin d’éviter les pièges de la route. Tout semble si calme, si serein… Rarement je n’ai éprouvé une telle sensation de bien être.

Vers 5 heures, une timide lueur claire commence à apparaître. Elle gagne progressivement en intensité et le jour finit par s’installer alors que je me rapproche de Lourmarin, charmant village du Lubéron. Dans moins de 3 heures j’en aurai terminé mais avant cela, il me reste encore 2 difficultés à passer. La montée sur Bonnieux puis le col de Murs.

A la sortie de Lourmarin, le vent devient beaucoup plus défavorable mais la montée en direction de Bonnieux est particulièrement abritée. Le soleil fait son apparition au moment où je sors de Bonnieux et savoure le spectacle de ses premiers rayons qui illuminent le village de Lacoste juste en face de moi alors que tout semble encore étrangement endormi.

Passé Bonnieux, le parcours va nous conduire jusqu’à la voie verte qui traverse le Lubéron. Nous la suivrons jusqu’au pied de la montée de Gordes, haut lieu touristique, qui, de son promontoire, domine le Lubéron. Spectacle une fois encore somptueux dont ne se privent pas de contempler les photographes de l’organisation que je retrouve pour la 3e fois depuis le départ après les avoir vu dans le Ventoux et au cours de la traversée des Alpilles. Ces retrouvailles me donnent un regain d’énergie et je relance énergiquement l’allure alors que je suis littéralement mitraillé !

Je vais quelques peu payer cette débauche d’énergie dans les derniers kilomètres du col de Murs d’autant que je dois y affronter un vent qui cette fois, n’a nullement décidé de m’épargner ! Le franchissement du col de Murs marque la fin des difficultés. 14 kilomètres de descente restent à parcourir avant de poser définitivement pied à terre à Bed and Bike où l’arrivée est jugée. Simple formalité.

22h30 après m’être élancé, je boucle donc cette première édition de l’Ultra Cycling Challenge PACA en 3e position derrière mes 2 compères du Team Cyclosportissimo Pascal Bride (2e) et Thomas Dupin (1er). Un beau podium !

Tout au long de l’épreuve j’ai ressenti une incroyable sérénité, même lors de l’ascension du Ventoux que j’avoue ne pas avoir appréhender sans faire preuve de prétention. Les bénéfices du BRM 400 réalisés 15 jours plutôt se sont assurément faits ressentir. Contrairement à mes habitudes, je n’ai pas choisi d’adopter un rythme de croisière « confortable », privilégiant une attitude conquérante en permanence. Même si cela ne reste que des chiffres, l’analyse des données Strava est révélatrice. Pratiqué ainsi, le vélo est une source de plaisir incroyable, qui plus est, lorsqu’il est partagé avec les autres participants et les membres de l’organisation sans oublier Olivier de Bed and Bike.

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